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Rencontres gourmandes *
La cuisine de la caravane Babel Caucase

Tous ceux qui ont suivi de près ou de loin le périple de la caravane Babel Caucase au printemps 2007 savent que l’aventure n’a pas vraiment pris fin au soir du 31 mai, avec son retour en France. En plus d’un site en direct (1) et d’un DVD (2) début 2008, les splendides carnets de voyage (3) de Jérôme Guerry, publiés quelques mois plus tard, avaient déjà fait connaître la remorque manège, la roulotte scène, le camion vidéo, le bus cinéma et… la cuisine roulante.

C’est maintenant un petit cahier à spirale de 64 pages épaisses qui prolonge l’aventure, en couleurs et en quatre langues – français, russe, géorgien et tchétchène, presque cinq avec les nombreux termes bretons.

« Nous désirions les accueillir, ils voulurent nous nourrir. Nous combler. A chaque rencontre organisée pour sensibiliser et informer, les femmes tchétchènes ont tenu à nous régaler », raconte Mylène en préface. La raison d’être du recueil de recettes se précise : festins partagés, surenchère de bonne chère, potlatch de saveurs.

« Nous voulions ce livre de cuisine car les gestes du quotidien sont universels. En toutes circonstances, les femmes nourrissent le monde », rappelle Annaïg de Douarnenez. Ainsi, ce joli cahier à trente auteurs témoigne pour tous ceux et celles qui n’ont pu être du voyage, mais sans qui celui-ci n’aurait pas été aussi chaleureux, solidaire, intense…

Convivial, c’est le mot que l’on hésite à tracer tant il est galvaudé, mais qui retrouve sa plénitude ici. Un projet, en tout cas, qu’aucun dilemme agaçant ne pouvait ternir : afin de régaler des convives musulmans, la recette du “kig ha farz”, sorte de pot-au-feu breton, ne contient pas plus de porc que son cousin tchétchène, le “jik jik gulnish”.

De même, les pourtant fameuses caillettes de Crest ne figurent pas dans les recettes de la Drôme ; mais, à côté du délicieux “tian” de Maya, on trouvera des filets de harengs qui seraient bien peu drômois s’ils ne marinaient… dans l’huile d’olive. Façon de marquer discrètement l’antique diversité hexagonale, à la fois linguistique et diététique : d’oc et-ou d’oil.

Mais, si les herbes de Provence dialoguent souvent avec celles des hauteurs du Caucase, « Ce que Bretons et Tchétchènes ont en commun, c’est le beurre ! » Sans oublier toutes les pâtes, crèpes, chaussons, beignets ou raviolis, dont on trouvera ici une bonne dizaine de variantes et déclinaisons, salées ou sucrées.

Au total, dix entrées, sept plats et sept desserts sont détaillés pour huit, douze, quatre ou… trente personnes. De vraies recettes pratiques, faciles à réaliser, sans faire appel à une habileté particulière ni même à des ingrédients recherchés ou des installations sophistiquées. Car ce qui déborde à chaque page de ce livre, à chaque phrase, à chaque image, c’est évidemment le plaisir de faire la fête en se régalant mais aussi et surtout le bonheur de cuisiner ensemble.


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*   64 pages, 25 €, édité par Marcho Doryila

(1)   www.babelcaucase.com

(2Babel Caucase Toujours, par Mylène Sauloy

(3)   Babel Caucase, Tranches de caravane croquées, par Jérôme Guerry, 128 pages, 30 €, édité par Marcho Doryila.

Titres disponibles en ligne à www.marcho.net

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ou à la
Maison d’Europe et d’Orient – librairie
théâtre galerie bibliothèque
 –
3, passage Hennel - 75012 Paris

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recension parue dans Hommes et Migrations

n° 1283, janvier-février 2010 

sur le thème “Cuisine et dépendances”
échanges culinaires et gastronomiques

coordonné par Jacques Barrou

< une deuxième caravane s’est rendue au Caucase
  à l’automne 2010, à suivre
ici.


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