Ce n’était pas un musée, mais une grande caverne ténébreuse, consacrée à la conservation du butin colonial. On y accédait mal. On n’y voyait rien. Les écriteaux explicatifs étaient illisibles, ce qui signifiait qu’il n’y avait aucun commentaire à faire, rien à voir qui suscite un propos. Une incontestable exécration avait présidé à l’édification des locaux, à la mise en lumière des pièces. L’unique but était d’indiquer que l’obscurantisme avait produit ce qu’on présentait là. Le monde pouvait venir observer les vestiges laissés par ceux qui n’avaient rien pensé, rien inventé, rien eu à dire. L’exhérédation se poursuivait, acharnée, dans cette fausse génuflexion devant le langage de peuples que l’on disait premiers pour n’avoir à partager avec eux ni le présent, ni le futur.  |  LÉONORA MIANO, Tels des astres éteints,  STOCK,  2008


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